Grand format · La branche de Louis I

Le tragique destin d'Anna Maria Mounier

Mostaganem, 10 mai 1854 – Pierrefeu-du-Var, 11 décembre 1914

« Un fluide électrique la persécute. Des ennemis l'ont violée la nuit et l'ont mise enceinte de quatre enfants. » — mots du délire d'Anna Maria, notés par son médecin en décembre 1901.

Cette page reprend, de façon quasi intégrale, la biographie d'Anna Maria Mounier reconstituée en juillet 2026 à partir des archives d'état civil d'Algérie (ANOM), du dossier médical de l'asile de Pierrefeu-du-Var (Archives départementales du Var, série 17 X), de la presse coloniale (Gallica-BnF) et des matricules militaires du Tarn. Lire la biographie complète en PDF (22 pages, toutes les sources détaillées).

Une enfance orpheline en Oranie (1854-1875)

Anna Maria Mounier naît le mercredi 10 mai 1854 à Mostaganem, ancienne ville corsaire devenue chef-lieu d'arrondissement colonial du département français d'Oran, dans les vingt années qui suivent le débarquement de Sidi-Ferruch et la conquête d'Alger. Ses parents font partie de la génération pionnière des colons européens venus occuper les terres d'Algérie.

Son père, Augustin Mounier, propriétaire cultivateur natif de Tence, dans l'arrondissement d'Yssingeaux (Haute-Loire, au pays du Velay), est né en 1819 : il a trente-trois ans en 1852, quand il exploite une ferme « à la hauteur de l'Aïn Séfra », dans la commune de Mostaganem. Sa mère, Marie Denat, native de Castillon, arrondissement de Saint-Girons (Ariège, au piémont pyrénéen), a sept à huit ans de moins que lui : née vers 1827, elle est déjà veuve à son mariage avec Augustin, d'une première union avec Michel Marchal (1810-1852) dont elle a eu deux garçons, François (1847) et Auguste (1849), demi-frères aînés d'Anna Maria. C'est donc dans une famille recomposée, marquée par le veuvage précoce et l'émigration coloniale de trois régions du Sud (Haute-Loire pour le père, Ariège pour la mère, plus tard le Tarn pour le futur époux), qu'Anna Maria grandit. Elle a aussi un frère utérin, Antoine Augustin Polycarpe Mounier, né en 1852, avec qui elle partage ses deux parents : ce frère de deux ans son aîné jouera un rôle décisif à la fin de sa vie.

Le premier drame survient tôt : Marie Denat meurt le 27 novembre 1859 à Mostaganem — date confirmée par l'acte de mariage de 1879 de son fils Polycarpe, qui décrit sa mère comme « feue Marie Denat, décédée à Mostaganem le vingt-sept novembre mil huit cent cinquante-neuf ». Anna Maria a cinq ans. Son père ne reste pas longtemps veuf : en 1860, il épouse en secondes noces Euphrasie Vaugien (1838-1904), à peine dix-sept ans de plus qu'Anna Maria elle-même. De cette union naîtront quatre demi-frères et demi-sœurs, tous plus jeunes qu'Anna Maria : Suzanne (1861), Eugénie (v.1873-1876), Suzanne Anna (1876), et un enfant « sans vie » en 1879. La maisonnée d'Augustin Mounier est donc, dans les années 1860-1870, une famille nombreuse et recomposée où Anna Maria est à la fois l'aînée par le côté maternel et la benjamine par le côté paternel. De cette enfance, les archives ne disent presque rien : Mostaganem, ville portuaire, échelle du blé ; école des filles animée par les sœurs, catéchisme, français à la maison, arabe entendu dans la rue ; travaux domestiques ; et sans doute la peur, périodique, des insurrections indigènes qui font trembler les campagnes coloniales.

Le mariage colonial (1875)

Le mardi 16 novembre 1875, à l'âge de vingt et un ans, Anna Maria épouse à Aïn-Tédelès un cultivateur de trois ans son aîné : Louis Pradel, né le 21 décembre 1848 à Laussarié, commune d'Ambialet, dans le Tarn. Louis a émigré enfant en Algérie avec sa famille ; on l'a inscrit en 1868 au registre matricule militaire du canton de Villefranche-d'Albigeois — matricule 277 (classe 1868) — alors qu'il résidait déjà à Tiaret, en Oranie.

Fiche matricule de Louis I (AD Tarn, cote 1R2_002). Sa carrière militaire, longtemps résumée dans la mémoire familiale à un simple « service pendant la guerre de 1870 », s'avère en réalité bien plus riche : 11 nov. 1869, incorporé au 92e régiment d'infanterie de ligne ; 6 août 1870 – 8 mars 1871, guerre franco-prussienne (le 92e RI est engagé autour de Metz) ; 30 avril – 1er mai 1871, campagne « à l'intérieur », vraisemblablement liée à la répression de la Commune de Paris ; 26 avril 1872, muté au 9e régiment de cuirassiers ; 6 novembre 1873, classé dans l'armée territoriale ; 30 juin 1874, libéré du service actif. Il rentre en Algérie en 1872 comme cuirassier, se démobilise en 1874, devient « propriétaire foncier » (mention marginale du registre) et reprend sa vie de cultivateur en Oranie.

Les témoins de ce mariage disent, à eux seuls, l'épaisseur des liens entre les deux familles tarnaises transplantées en Oranie : Jacques II, le frère aîné de Louis, venu signer pour son cadet ; Louis Laugier, menuisier ; et Pierre Mage, cultivateur d'Aïn-Tédelès, accompagné de son fils du même nom. Trente-deux ans plus tard, le fils de Louis et d'Anna Maria épousera une Mage. Le mariage est célébré sans contrat — signe soit de précipitation, soit d'absence de patrimoine à protéger, soit d'insouciance juridique. Le régime légal, la communauté de biens, s'appliquera avec toutes ses conséquences quand viendra la ruine, dix-huit ans plus tard. Aucune photographie de cette noce n'a été retrouvée.

Le col du Torrich, entre Temda et Trumelet : un lieu où se dressent côte à côte un marabout et une petite chapelle. Le jeune couple s'installe dans la région de Tiaret, sur les hauts plateaux au sud de l'Oranie, dans une zone récemment ouverte à la colonisation après la répression de l'insurrection de Mokrani (1871).

De cette union naissent trois enfants : Louis Jacques Pradel, dit Louis II, le 28 janvier 1878 (il fondera plus tard le domaine agricole de Diderot, sera rapatrié en France après 1962, et mourra à Jeu-les-Bois, dans l'Indre) ; Maurille Marius Pradel en 1880 (il mourra à Alger en 1927, à quarante-sept ans, ayant épousé Anna Ponce et eu six enfants) ; et Anna Hélène Pradel en 1881 (elle mourra à Aïn Kermes, arrondissement de Tiaret, en 1953, à soixante-douze ans, ayant épousé Célestin Quentien en 1915). En 1881, Anna Maria a vingt-sept ans. Elle est mariée, mère de trois enfants, cultivatrice sur les terres de Tiaret. Sa vie ressemble, sur le papier, à celle de milliers de colonisatrices européennes d'Oranie.

La ruine (1891)

À la fin de l'année 1891, la vie du ménage Pradel bascule. Un jugement de saisie réelle est publié : l'administration annonce l'adjudication forcée de cent vingt-huit hectares appartenant aux époux, pour une mise à prix totale de seize mille francs, soit à peine cent vingt-cinq francs l'hectare — une vente rude qui révèle deux choses à la fois : Louis Pradel avait accumulé un patrimoine foncier significatif, mais il l'avait tout autant englouti dans ses vices connus (« joueur, alcoolique, peu travailleur », dit la tradition familiale).

En 1891, Anna Maria a trente-sept ans. Elle perd, par le jeu de la communauté de biens, la sécurité matérielle qu'elle avait contribué à construire. Elle vit désormais avec un mari devenu simple cultivateur sans terre, dans une petite maison de Tiaret, avec trois enfants adolescents à nourrir : Louis II a treize ans, Maurille onze, Anna Hélène dix. Le déclassement social est brutal, dans une communauté coloniale où la propriété foncière fondait toute respectabilité. Les archives ne disent rien de ce qu'Anna Maria a éprouvé pendant les deux années silencieuses qui suivent, 1891-1893 : c'est peut-être là que commencent, imperceptiblement, les premiers signes d'un trouble psychique — un changement de personnalité que l'entourage attribuera à la ruine et au dépit.

Le scandale : la nuit du 28 au 29 mars 1894

C'est en pleine nuit, sans doute peu avant l'aube, que le drame éclate à Tiaret. Selon les termes exacts du jugement de divorce prononcé six mois plus tard, la nuit du 28 au 29 mars 1894, Louis Pradel « a surpris son épouse en flagrant délit d'adultère avec le Sieur M….. ». Les témoins sont des gardiens de nuit — des veilleurs professionnels, employés à la surveillance du quartier — qui assistent à la scène. Le nom de l'amant est délibérément masqué dans la copie officielle transmise à l'état civil d'Aïn-Tédelès ; le jugement mentionne plus loin, sans plus de précisions nominatives, que « l'inconduite de la femme Pradel est notoire, qu'elle s'est livrée à plusieurs personnes, notamment à M. J…, cultivateur, demeurant à Tiaret ». Au moins deux amants sont donc identifiés ou suggérés par la procédure ; le comportement d'Anna Maria est décrit comme public, répétitif, connu de la ville. Son identité reste, à ce jour, un mystère entier.

Fait remarquable : Anna Maria avoue elle-même les faits le jour même, spontanément, devant le commissaire de police de Tiaret, en présence de son inspecteur. Elle ne cherche ni à nier, ni à se défendre, ni à préserver sa réputation — un comportement anormal pour une femme de sa condition, dans une société coloniale où l'honneur féminin gouvernait tout, et qui a de quoi étonner. Il pourrait s'agir d'un simple effondrement ; il pourrait aussi être, avec le recul, l'un des premiers signes du trouble social annonciateur de la maladie mentale qui la frappera pleinement sept ans plus tard.

Louis Pradel réagit sans tarder. Le 7 mai 1894, il obtient le bénéfice de l'assistance judiciaire par décision du bureau de Mostaganem — preuve administrative que sa ruine est alors totale. Le 15 mai 1894, par l'entremise de son avoué Maître P. Colonieu, il dépose une requête en divorce devant le président du tribunal civil de première instance de Mostaganem. Le 18 juin 1894, Anna Maria est convoquée au cabinet du président ; elle ne comparaît pas. Un défaut est prononcé contre elle. Le 3 juillet 1894, elle est de nouveau assignée par exploit d'huissier de Maître Barbe à Tiaret ; elle ne comparaît toujours pas. Le 6 septembre 1894, en audience publique du tribunal de Mostaganem, présidé par M. F. Bonet, en présence du juge Théodore de Bienert, du substitut du procureur Lang et du commis-greffier Benezet, le divorce est prononcé par défaut, aux torts exclusifs d'Anna Maria Mounier. La femme est condamnée aux dépens (50 francs). La communauté des biens est déclarée liquidée. Les trois enfants sont confiés au père.

Ce qui frappe le plus dans cette procédure, c'est qu'Anna Maria n'a jamais comparu, jamais protesté, jamais fait valoir la moindre défense. Elle a été jugée, condamnée, expropriée de ses enfants — sans un mot, sans un avoué à ses côtés. Ce silence est peut-être le résultat d'une résignation totale ; il peut aussi refléter un désengagement psychique déjà important, une dissociation, ou un état confusionnel qui la rendait incapable de se battre. Le Code civil de l'époque punissait durement l'adultère de la femme, une dissymétrie flagrante avec le traitement réservé à l'homme, qui ne disparaîtra du droit français qu'en 1975. Le 25 février 1895 à deux heures du soir, le maire d'Aïn-Tédelès procède à la transcription du jugement en marge de l'acte de mariage de 1875 : l'acte de divorce est désormais officiel. Anna Maria n'est plus l'épouse de Louis Pradel. Elle n'est plus la mère légale de ses trois enfants. Elle n'est plus rien, socialement. Louis Pradel se remariera en secondes noces, entre 1894 et 1906, avec Virginie Falcou — probablement une cousine germaine — sans avoir d'enfants de cette union ; il finira ses jours à Tiaret en 1921.

Les sept années d'errance : Bosquet, Orléansville, Tiaret, Ténès (1894-1901)

Longtemps considérées comme totalement silencieuses, ces sept années s'éclairent enfin grâce au croisement de plusieurs sources retrouvées en juillet 2026 : le dossier de la Légion d'honneur du frère aîné Polycarpe Mounier, l'acte de mariage ANOM de Polycarpe à Ténès en 1879, l'inventaire complet des actes Mounier à Bosquet, et un arbre généalogique Filae descendant d'Anna Hélène Pradel. Un préalable est indispensable : contrairement à ce que la mémoire familiale et le mot « Mostaganem » du dossier médical de Pierrefeu pouvaient laisser croire, la famille Mounier n'était pas ancrée à Mostaganem après 1875. Le père Augustin est propriétaire cultivateur à Bosquet (aujourd'hui Hadjadj, à environ trente kilomètres à l'ouest de Mostaganem) dès au moins 1879, et c'est à Bosquet — pas à Mostaganem — qu'il meurt le 31 mai 1897. Bref, la « maison Mounier » est à Bosquet, ferme familiale active de 1876 (au plus tard) à 1899 au moins.

En 1894, quand elle sort du tribunal, Anna Maria a — sur le papier — quatre lieux possibles où se réfugier en Oranie : Bosquet, chez son père Augustin (soixante-quinze ans) et sa belle-mère Euphrasie Vaugien ; Orléansville (aujourd'hui Chlef), à deux cents kilomètres à l'est de Tiaret, chez son frère utérin Polycarpe, officier d'administration comptable à l'Atelier des travaux publics n° 1, marié depuis 1879 à Louise Eugénie Lazarine Arnaud — un couple resté sans enfant, ce qui le rendait tout indiqué pour accueillir une belle-sœur en difficulté ; Tiaret, où vit encore son ex-mari Louis Pradel avec leurs trois enfants ; et Ténès, port de mer de la vallée du Chélif, ville natale de sa belle-sœur Louise Arnaud. Une chronologie précise ne peut être établie avec certitude, mais les faits documentés permettent d'écarter d'emblée l'hypothèse simpliste d'un unique lieu de vie. Anna Maria elle-même dira, en novembre 1901, qu'elle « a habité à différentes époques Orléansville, Tiaret, Ténès, etc. » — ce qui suggère un mouvement pendulaire entre ces villes plutôt qu'un séjour fixe.

Deux dates viennent scander cette période. Le 31 mai 1897, mort d'Augustin Mounier à Bosquet, à l'âge de soixante-dix-huit ans : Anna Maria perd son père, le seul homme qui l'avait, malgré tout, protégée dans son enfance après la mort de sa mère. Puis le 1er juin 1899, Polycarpe est mis à la retraite à Orléansville ; le 31 juillet suivant, il fixe désormais sa résidence à Tiaret. Le refuge d'Anna Maria vient de disparaître : son frère quitte la vallée du Chélif pour retourner s'installer sur les hauts plateaux, dans la ville même qui l'avait chassée cinq ans plus tôt. L'installation de Polycarpe et Louise à Tiaret en juillet-août 1899 a très vraisemblablement entraîné Anna Maria à leur suite. Elle a alors quarante-cinq ans. Elle revient vivre dans la ville où son ex-mari Louis Pradel exerce toujours sa vie ordinaire, où ses trois enfants ont grandi et sont devenus de jeunes adultes qui ne l'ont pas revue depuis cinq ans, où ses neveux Joly, orphelins de sa sœur Mathilde depuis 1889, ont dix-sept et dix-huit ans, et où la petite bourgeoisie coloniale qui l'avait déchue est encore là, avec ses gardiens de nuit, ses commerçants, ses commères. Ce retour paradoxal, sur la scène d'un scandale non digéré, est probablement le facteur précipitant décisif de la décompensation psychotique de novembre 1901. Il ne faut à peine plus de deux ans à la maladie pour rattraper Anna Maria après ce déménagement forcé.

L'internement (novembre-décembre 1901)

Le 7 novembre 1901, Anna Maria est admise à l'hôpital civil de Mustapha, à Alger, dans les services d'observation psychiatrique. Elle a quarante-sept ans. On ignore qui l'a signalée aux autorités — famille, voisin, médecin de ville, ou police. Cinq jours plus tard, le 12 novembre 1901, le docteur Cuvinier la fait évacuer sur le service spécialisé des aliénés : son état est jugé alarmant. Le 20 novembre 1901, le docteur Battarel, médecin de l'hôpital de Mustapha chargé du service des aliénés, rédige le certificat officiel. Il constate qu'Anna Maria est atteinte de « manie avec idées de persécution et période d'excitation violente », que son état ne s'améliorera pas à bref délai, et qu'elle est dangereuse pour elle-même et pour autrui. Il conclut à la nécessité de l'évacuer sur un asile spécial d'aliénés.

Le 2 décembre 1901, le préfet du département d'Alger prend un arrêté d'admission, en vertu de la loi du 30 juin 1838 sur les aliénés et d'une convention passée entre les préfets du Var et d'Alger le 18 août 1899 pour la prise en charge des aliénés d'Algérie à l'asile de Pierrefeu-du-Var. Les frais seront supportés par le budget départemental d'Alger. Anna Maria est embarquée sur un vapeur à Alger, débarquée à Marseille ou à Toulon, puis conduite à l'asile psychiatrique public d'aliénés de Pierrefeu-du-Var, au quartier Barnencq. Elle y arrive le 4 décembre 1901. On lui attribue le matricule 2712. Elle ne quittera plus l'établissement — sinon dans un cercueil, treize ans plus tard.

Vue générale de l'asile d'aliénés de Pierrefeu-du-Var.
Pierrefeu, vue générale de l'asile d'aliénés. Anna Maria Mounier y entre le 4 décembre 1901, matricule 2712, et y meurt le 11 décembre 1914, pendant que ses deux fils sont au front. Louis II lui rendit visite en 1914 pendant sa mobilisation « à l'intérieur », et garda toujours le silence sur cette visite.

Dès son arrivée, le médecin-chef directeur de Pierrefeu, le docteur Michel Belletrud (1856-1934), qui dirige l'asile depuis 1900 et le fera entrer dans son « âge d'or », dresse un certificat détaillé de vingt-quatre heures : « Délire chronique avec idées d'empoisonnement, troubles de la sensibilité générale, hallucinations du sens génital. » Et il précise le contenu du délire, mot pour mot : « On me met du poison dans son aliment, on la persécute à l'aide de fluide électrique, des ennemis l'ont violée la nuit et l'ont mise enceinte de quatre enfants. Idées vagues de grandeur. — Amaigrissement. » Voilà donc l'univers mental d'Anna Maria en décembre 1901 : elle est persécutée par des empoisonneurs qui glissent des toxiques dans ses aliments ; par un « fluide électrique » invisible qui la manipule à distance ; par des « ennemis » qui la violent la nuit et l'ont rendue enceinte de quatre enfants imaginaires. À l'arrière-plan, quelques « idées vagues de grandeur » qui suggèrent un pôle mégalomaniaque encore embryonnaire.

Les treize années à Pierrefeu (1901-1914)

L'asile où Anna Maria est enfermée n'est pas un lieu de brutalité. C'est, sous la direction du docteur Belletrud, l'un des établissements psychiatriques les plus modernes de France : agrandi en 1901 (quatre nouveaux pavillons), en 1905 (centre pour enfants), en 1907 (deux pensionnats de cent lits chacun, extension de l'exploitation agricole, kiosque à musique, théâtre). En 1911, Belletrud ouvre une école d'infirmiers. Le personnel est jeune, en partie marié, logé sur place ; le régime alimentaire est décent ; les activités thérapeutiques par le travail — une ergothérapie avant l'heure — sont valorisées. En 1911, l'asile compte environ sept cent trente-quatre internés et cent douze employés résidents : Anna Maria est l'une de ces sept cent trente-quatre personnes anonymes que le recensement de population, conformément à la règle de l'époque, ne nomme pas dans les listes nominatives.

Le registre médical, tenu année après année, montre une évolution stationnaire du délire. Chaque mois, ou presque, une observation manuscrite ; les mots reviennent, monotones : idées d'empoisonnement, troubles de la sensibilité générale, anémie, amaigrissement. En novembre 1902, une aggravation est notée : « Délire des persécutions avec hallucinations sensorielles multiples. S'imagine que des hommes viennent la trouver la nuit. Pronostic très réservé. » Les fantômes des « ennemis nocturnes » de son délire d'entrée reviennent. En janvier 1903, le tableau se complète : « Très excitée, parfois très violente. » La malade a des accès de rage.

Le 13 juin 1903, à la demande de Maître Charles Meurice, avoué à Mostaganem, agissant pour le juge de paix de Tiaret, le docteur Belletrud délivre un « certificat de situation » attestant qu'Anna Maria est toujours internée et « ne me paraît pas actuellement susceptible de guérison ». On ignore la procédure exacte à laquelle ce certificat était destiné, mais son objet est vraisemblablement la préparation d'une mesure de protection juridique — probablement une mise sous tutelle. De fait, le 13 avril 1904, le tribunal civil de première instance de Mostaganem nomme M. Benoit Denis, greffier de la justice de paix de Mostaganem, comme mandataire spécial d'Anna Maria pour la gestion de ses affaires patrimoniales. Elle est désormais juridiquement incapable.

À partir de l'automne 1904, aux troubles mentaux s'ajoutent des atteintes physiques graves. Le 26 octobre 1904, gastro-entérite grave, refus alimentaire — compatible avec le délire d'empoisonnement qui l'obsède depuis 1901. Le 2 novembre 1904, elle reste alitée, refuse le personnel qui la soigne. En février 1905, le docteur Belletrud écrit une phrase qui donnera la couleur des dix années suivantes : « Toujours atteinte de diarrhée tuberculeuse rebelle à tout traitement. État inquiétant. » Anna Maria est désormais atteinte de tuberculose intestinale — probablement contractée dans l'atmosphère surpeuplée et sous-alimentée des dortoirs de l'asile. Elle survivra encore neuf ans avec cette maladie, ce qui témoigne d'une constitution physique remarquable, mais aussi d'une lente descente que rien ne pourra enrayer avant les antibiotiques, qui n'existent pas encore.

Un événement extérieur à l'asile vient laisser une trace inattendue dans l'histoire d'Anna Maria. L'hebdomadaire L'Indépendant de Mostaganem, dans son numéro du dimanche 11 juin 1905, publie une annonce légale de vente sur licitation d'un terrain à Bosquet, arrondissement de Mostaganem, appartenant aux « consorts Mounier » — c'est-à-dire à tous les héritiers d'Augustin Mounier et de son épouse Euphrasie Vaugien. Parmi les onze cohéritiers énumérés, on lit : « 9° M. Benoit Denis, greffier de la justice de paix de Mostaganem, y demeurant, pris en qualité de mandataire spécial de Madame Marie Anna Mounier, épouse divorcée de M. Louis Pradel, internée à l'asile des aliénés de Pierrefeu (Var). » Elle est bien mentionnée par son nom véritable, son état de divorcée est reconnu, son internement à Pierrefeu est indiqué. Elle a droit à une part de la succession familiale, gérée par son tuteur. C'est l'unique mention publique d'Anna Maria pendant ses années à Pierrefeu — un bref éclair dans un très long silence.

Sept années séparent le folio 191 du registre médical (dernier folio en la possession de la famille, arrêté en juin 1905) et le folio 163 du registre suivant (première mention en la possession de la famille, datant de juin 1912). C'est le trou principal de sa biographie médicale : sept années d'observations mensuelles qui n'ont pas encore été retrouvées — une demande a été déposée aux Archives départementales du Var pour la reproduction de ces folios manquants. En attendant, il faut imaginer, à partir des continuités constatées, que le délire persécutif chronique se maintient, que la tuberculose intestinale continue de la miner, qu'elle vieillit dans le pavillon des femmes de Pierrefeu, entourée d'autres pensionnaires dont beaucoup meurent avant elle.

Le 12 juin 1912, à cinquante-huit ans, Anna Maria est décrite comme : « Santé physique : bonne, s'alimente bien. — État mental : idées de persécution, hallucinations de l'ouïe. » Aux vieilles hallucinations cénesthésiques génitales s'ajoutent désormais des hallucinations auditives — elle entend des voix. C'est un signe d'aggravation, non de rémission. Le 30 janvier 1913, elle fait une chute sur le côté droit et se plaint d'une douleur à la hanche ; le docteur Matheron, médecin adjoint de l'asile, soupçonne d'abord une fracture, avant d'écarter le lendemain « d'une façon catégorique toute fracture et toute luxation » : « la malade a pu faire le tour du lit, à peine soutenue par deux infirmières. Elle appuie parfaitement le pied à terre. » Elle n'a rien de cassé ; la vie reprend. À partir de mai 1913, la note dominante devient : « Impulsive. Mauvaise humeur. Impulsions violentes. » En décembre 1913, une observation la décrit « agitée. Malpropre. » : le déclin comportemental s'accélère. En 1914, mois après mois, la mention devient monotone : « Même état. » En juin 1914, on note un « accès d'excitation maniaque ». Le 29 octobre 1914 : « Santé physique : mauvaise. Diarrhée persistante. État inspirant de sérieuses inquiétudes. » La tuberculose intestinale, contenue tant bien que mal pendant neuf ans, reprend le dessus. Le 3 décembre 1914 : « Santé physique : médiocre. S'alimente mal. S'affaiblit progressivement. État mental sans changement. » Elle refuse de manger — peut-être par crainte du poison qui l'obsède depuis 1901, peut-être par épuisement.

Fiche d'admission de Marie Anna Mounier, veuve Pradel, matricule 2712. AD Var, 17 X.
Fiche d'admission de Marie Anna Mounier, veuve Pradel, matricule 2712. AD Var, 17 X. Elle porte la fiche d'état civil, le signalement à l'arrivée et le certificat médical du docteur Battarel de l'hôpital civil de Mustapha (Alger), daté du 20 novembre 1901. C'est la pièce fondatrice de treize années d'internement.
Registre d'observation médicale, 1912-1914, avec la mention du décès.
Suite du registre médical de Pierrefeu, folio 163 et suivants, 1912 à 1914 : les dernières observations mensuelles, puis, tout en bas de la page, la mention du décès — « Mme Mounier Ve Pradel est décédée aujourd'hui à 24 heures des suites de diarrhée chronique. » AD Var, série 17 X. (Communiqué par Gilles Pradel, juillet 2026.)

Le 11 décembre 1914, à minuit, elle meurt. Le registre médical porte ces mots : « Mme Mounier Ve Pradel est décédée aujourd'hui à 24 heures des suites de diarrhée chronique. Avis du décès a été donné à M. le Préfet du Var. » « Diarrhée chronique » est la formule technique ; la cause réelle est la tuberculose intestinale, cause classique de mortalité des internés d'asile de l'époque. Elle a soixante ans. Elle est morte seule, dans son lit du pavillon des femmes de Pierrefeu, sans qu'aucun proche soit présent. Elle n'avait plus revu son frère Polycarpe depuis probablement treize ans, ses trois enfants depuis vingt ans.

L'acte de décès et son cortège d'erreurs

Le 12 décembre 1914 à midi, la mairie de Pierrefeu-du-Var dresse l'acte de décès n° 153. Deux témoins, tous deux étrangers à la famille — André Gavotto, vingt-huit ans, employé, domicilié à Pierrefeu (probablement un employé de l'asile), et Godefroy Coulet, soixante-dix ans, garde champêtre, domicilié à Pierrefeu — signent aux côtés du maire, Auguste Roux. L'acte comporte plusieurs erreurs administratives qui montrent bien à quel point Anna Maria est morte étrangère à ceux qui l'enregistrent : elle est dite « veuve Pradel » alors qu'elle était divorcée et que Louis Pradel, son ex-mari, était encore vivant à Tiaret (il ne mourra que sept ans plus tard, en 1921) ; la filiation est indiquée comme « père et mère dont les noms ne nous sont pas connus » — l'administration ne connaît ni Augustin Mounier ni Marie Denat ; la profession est « aucune » ; le domicile officiel est « Orléansville (Algérie) » — l'adresse où son frère Polycarpe habitait quinze ans plus tôt et qui figurait sans doute encore dans son dossier administratif.

C'est l'ultime silence : une femme meurt sous un nom qui n'est plus le sien, avec un mari qui n'est plus le sien, dans un quartier qui n'est pas le sien, et dont ni la mairie ni personne ne connaît les parents. Elle est enterrée à Pierrefeu, sans doute dans le carré des aliénés du cimetière communal, sans sépulture nominative — ce qu'il faudra vérifier dans les registres du cimetière.

Acte de décès n° 153, mairie de Pierrefeu-du-Var, 12 décembre 1914.
Acte de décès n° 153, mairie de Pierrefeu-du-Var, 12 décembre 1914. Elle est dite « veuve Pradel » alors qu'elle était divorcée ; la filiation est indiquée comme « père et mère dont les noms ne sont pas connus » ; le domicile est « Orléansville (Algérie) ». Anna Maria meurt sous un nom qui n'est plus le sien, avec un mari qui n'est plus le sien, dans un quartier qui n'est pas le sien.

Après elle

Deux traces orales ont été portées à la connaissance de la famille par Kobus Pradel, cousin germain de Paul II Pradel, père de Gilles. Elles n'ont pas — encore — de confirmation archivistique, et sont livrées ici telles quelles, en distinguant ce qui est établi de ce qui reste à établir.

Le premier élément concerne les enfants confiés à des oncles. La tradition rapporte que les trois enfants d'Anna Maria auraient été « placés chez les oncles Jacques et Philippe » après la ruine de 1891 ou après le divorce de 1894. Un arbre généalogique Filae permet d'identifier ces deux personnes : Jacques Pradel (né le 30 août 1846 à Bellegarde, mort à Alger le 29 janvier 1923, marié à Catherine Candie Malaval, cinq enfants) et Baptiste Philippe Pradel (né le 27 août 1852 à Ambialet, mort le 29 mars 1921 à Saint-Eugène, Alger, marié le 13 mai 1876 à Tiaret avec Adélaïde Clarisse Faurie) — le « Philippe » du récit familial correspondant au second prénom de ce dernier. Les deux frères sont attestés en Algérie par leur registre matricule militaire à Oran. Le placement lui-même n'a en revanche aucune trace consultable en ligne : ni acte de tutelle, ni recensement nominatif, ni correspondance. Il faudrait, pour le documenter, une source familiale privée — livret de famille, correspondance, souvenir précis.

Le second élément concerne une visite de Louis II à sa mère. La tradition rapporte que Louis II Pradel, marié en janvier 1907 à Aïn-Tédelès avec Andréa Marcelle Mage, aurait fait le voyage jusqu'à Pierrefeu-du-Var pour visiter sa mère internée, Andréa restant à l'hôtel pendant ce temps ; plusieurs versions circulent dans la mémoire familiale, l'une d'elles évoquant une permission pendant la Première Guerre mondiale. Cette version est aujourd'hui archivistiquement plausible : le registre matricule militaire de Louis II, retrouvé aux Archives nationales d'outre-mer sous une erreur d'orthographe (« Iradel » au lieu de « Pradel »), permet d'établir la chronologie précise de son service pendant la Grande Guerre. Mobilisé le 2 août 1914, il reste « à l'intérieur » jusqu'au 3 janvier 1915 — affecté au 8e escadron du train des équipages militaires, il sert comme chauffeur automobile — avant de partir aux armées, sur le front, du 4 janvier 1915 au 22 novembre 1918. Or Anna Maria meurt le 11 décembre 1914, au milieu de la période pendant laquelle Louis II est mobilisé mais encore « à l'intérieur » : il n'est pas encore parti aux armées, il est probablement dans un dépôt métropolitain ou stationnaire à Oran. Une permission pour visiter une mère mourante est administrativement possible, chronologiquement cohérente. La version dominante devient donc : Louis II, alors uniformé et probablement stationnaire en métropole, se rend fin novembre ou début décembre 1914 à Pierrefeu pour voir sa mère dans l'ultime phase de la maladie, Andréa restant à l'hôtel ; il retourne à son dépôt avant d'être envoyé aux armées le 4 janvier 1915. Il faut toutefois signaler que le Mémoire de la branche Pradel-Mage (Gilles Pradel, 2025-2026) écrit qu'Anna Maria « meurt seule, sans aucun proche présent ». Les deux affirmations peuvent se concilier si l'on interprète la formule du mémoire au sens strict — personne au chevet de la mort le 11 décembre 1914 — et la version orale comme une visite antérieure, dans la fenêtre où Louis II était mobilisé à l'intérieur. Il n'y a alors pas de contradiction, mais complémentarité : Louis II l'aurait vue une dernière fois en permission, sans être présent le jour même de sa mort.

Un troisième fait familial, transmis avec plus de constance et désormais partiellement corroboré par l'archive, mérite d'être signalé : entre 1907 et 1912, Louis II Pradel aurait été aidé par son oncle Baptiste-Philippe Pradel pour acquérir des terres à Diderot (commune coloniale du sud tiaretin, aujourd'hui Oued Lili), à quelques kilomètres au sud-ouest de Tiaret. Le registre matricule de Louis II confirme sur ce point l'ancrage à Diderot : après sa démobilisation le 11 février 1919, il s'y retire officiellement (mention « se retire à Diderot, Commune mixte de Tiaret »). Le domaine agricole de Diderot deviendra le foyer familial des Pradel en Oranie jusqu'à l'indépendance algérienne de 1962. Que l'oncle sans enfants ait aidé son neveu — mariage jeune, sans patrimoine hérité du père Louis I ruiné dès 1891 — est une hypothèse cohérente avec les rôles familiaux constatés dans l'Oranie coloniale.

Ses trois enfants restèrent en Algérie française jusqu'à des dates différentes. Louis II Pradel épousa Andréa Marcelle Mage le 18 janvier 1907 à Aïn-Tédelès ; cinq enfants naquirent de ce mariage : Georgette (1909-2008, épouse Ernest Boggio en 1924), Simone (1912, épouse Jacques de Tiaret en 1932), Louis III (1913, sauvé de la méningite par un vœu maternel qui donnera lieu à la construction d'une chapelle sur le domaine), Paul I (1917-2001) et Henri (1927). Louis II bâtit le domaine agricole de Diderot/Oued Lili, chef-lieu d'une exploitation qui atteindra deux mille cinq cents hectares vers 1930, aidé pour l'acquisition initiale des terres par son oncle Baptiste-Philippe Pradel. Nommé chevalier du Mérite agricole en 1925, il fut adjoint au maire de Diderot. Maurille Marius Pradel (1880-1927), son second fils, marié à Anna Ponce, eut six enfants, et mourut à Alger en 1927 à quarante-sept ans. Anna Hélène Pradel (1881-1953), sa fille, mariée en 1915 à Célestin Quentien, mourut à Aïn Kermes, arrondissement de Tiaret, en 1953, à l'âge de soixante-douze ans. Aucun d'eux n'a semble-t-il gardé le contact avec Anna Maria après le divorce de 1894 ; aucun n'a assisté à ses obsèques en 1914. C'est la mémoire familiale, transmise sur quatre générations jusqu'à Gilles Pradel, arrière-arrière-petit-fils par la lignée de Louis II, qui a permis en 2026 la reconstitution partielle de cette vie longtemps occultée.

Hypothèses cliniques rétrospectives

L'histoire médicale d'Anna Maria — 1893-1894 (comportement inconstant, désinhibition sexuelle, notoriété scandaleuse, effondrement de la défense sociale) puis 1901-1914 (délire persécutif chronique avec hallucinations cénesthésiques et sensorielles, mégalomanie fruste, évolution stationnaire sans rémission, dégradation comportementale progressive) — appelle plusieurs hypothèses diagnostiques rétrospectives, à formuler avec la prudence qu'imposent l'éloignement temporel et la pauvreté des sources.

Hypothèse 1 — Schizophrénie paranoïde à début tardif (« paraphrénie » de Kraepelin). Compatible avec le tableau persécutif structuré, les hallucinations multimodales, l'évolution chronique sans rémission, la dégradation comportementale, l'existence d'un prodrome de sept ans avant la structuration délirante.

Hypothèse 2 — Paralysie générale progressive (neurosyphilis tertiaire). Historiquement dominante à l'époque, elle représentait dix à quinze pour cent des admissions psychiatriques. Compatible avec la désinhibition sexuelle prémonitoire, les idées de grandeur, la dégradation lente sur treize ans, et un calendrier troublant : mari militaire mobilisé de 1869 à 1874, contamination possible pendant la guerre franco-prussienne de 1870-71, transmission conjugale possible après le mariage de 1875, symptômes tertiaires vingt à vingt-cinq ans plus tard chez l'épouse. Cette hypothèse est renforcée par la confirmation, en 2026, de la participation effective de Louis Pradel à la guerre franco-prussienne avec le 92e régiment d'infanterie, puis à une possible campagne intérieure liée à la Commune de Paris fin avril 1871 : les statistiques sanitaires militaires françaises de l'époque estimaient que jusqu'à un tiers des soldats revenus de la guerre étaient porteurs d'une maladie vénérienne, la fréquentation prostitutionnelle en cantonnement étant massive. L'hypothèse ne pourrait toutefois être définitivement confirmée que par la retrouvaille du dossier militaire complet de Louis Pradel ou d'une éventuelle sérologie de Wassermann dans les folios médicaux 1906-1912 de Pierrefeu, aujourd'hui demandés aux archives.

Hypothèse 3 — Trouble psychotique lié à des traumatismes cumulés. La perte de la mère à cinq ans, le remariage rapide du père, la ruine familiale de 1891, l'effondrement social après le divorce de 1894, la séparation d'avec les trois enfants, l'exil à Orléansville — autant de facteurs de stress chronique qui peuvent avoir précipité une décompensation psychotique sur un terrain prédisposé.

Les trois hypothèses ne sont pas exclusives entre elles. Il n'appartient pas à ce site de conclure ce qu'il faut penser de tels mots — sinon qu'ils ont été prononcés par une femme précise, née à Mostaganem le mercredi 10 mai 1854, et qui méritait au moins qu'un descendant, quatre générations plus tard, prenne le temps de les recueillir.

Sources : état civil colonial ANOM (mariage Louis Pradel × Anna Maria Mounier, Aïn-Tédelès, 16 nov. 1875, acte n° 1442846 ; transcription du divorce, 25 fév. 1895, acte n° 1442963 ; mariages Mounier Augustin × Denat Marie, Mostaganem 1855, et × Vaugien Euphrasie, Mostaganem 1860) ; dossier médical de l'asile de Pierrefeu-du-Var (AD Var, sous-série 17 X, matricule 2712, folio 191 du registre 11 et folio 163 du registre suivant) ; registre d'état civil de Pierrefeu-du-Var (acte de décès n° 153 du 12 décembre 1914) ; L'Indépendant de Mostaganem, 11 juin 1905 (Gallica-BnF) ; matricules militaires du Tarn (AD 81, registre 1R2_002, canton de Villefranche-d'Albigeois, classe 1868) ; registres matricules ANOM (Louis Jacques Pradel dit « Iradel », classe 1898, cote FR ANOM 2 RM 70 ; Maurille Marius Pradel, classe 1900 ; Jacques Pradel, classe 1866 ; Philippe Pradel, classe 1872) ; arbre Geneanet de Régis Devaux (regis5) ; Mémoire de la branche Pradel-Mage — Louis II Pradel & Andréa Mage, Gilles Pradel, 2025-2026 ; témoignage oral de Kobus Pradel, cousin germain de Paul II Pradel. Biographie complète rédigée le 2 juillet 2026 : lire le document intégral en PDF. Détail complet dans Sources.

Pistes pour la suite. L'identité de « M. J… » et du ou des autres amants reste entière. Les sept années 1895-1901 à Orléansville pourraient être précisées par le dossier préfectoral d'Alger sur son internement, demandé aux ANOM en 2026. Les sept années médicales manquantes, 1905-1912, à Pierrefeu, pourraient être comblées par les folios que les Archives départementales du Var pourront transmettre — avec, potentiellement, le résultat d'une sérologie syphilitique qui éclairerait l'hypothèse 2. Le dossier militaire complet de Louis Pradel, demandé au Service historique de la Défense, pourrait également trancher cette question. Enfin, la mémoire du mémoire familial indique par erreur la sous-série « 4 X » pour l'asile de Pierrefeu-du-Var ; la cote correcte, établie à l'issue de cette enquête, est bien la série 17 X.