Grand format · La branche Louis

La branche Louis

Louis I Pradel (Ambialet, 21 déc. 1848 – Tiaret, 9 juil. 1921) · Louis II Pradel et Diderot, 1878-1965 (mort à Jeu-les-Bois, Indre)
Portrait de Louis I Pradel
Louis I Pradel (généré par IA)

I. Louis I : naissance, guerre, ruine et ferme

Louis I naît le 21 décembre 1848 à Ambialet, au lieu-dit Laussarié, dans la maison même de ses ancêtres : il est, en un sens, le dernier des Pradel à naître sur la terre fondatrice. Il a sept ans à la traversée. Son parcours militaire est le plus dense et le plus dramatique des trois frères, car il le mena au cœur des deux guerres qui déchirèrent la France en 1870-1871 : la guerre étrangère et la guerre civile.

Louis I, jeune soldat du 92e régiment d'infanterie puis cuirassier, entre la guerre contre la Prusse et la répression de la Commune, en 1870-1871.

Appelé, Louis est incorporé au 92e régiment d'infanterie de ligne le 11 novembre 1869, à Oran (classe 1868, matricule 277). Sa fiche aligne trois campagnes en dix-huit mois. D'abord l'Afrique, du 11 novembre 1869 au 14 mars 1870. Puis, « contre l'Allemagne », du 6 octobre 1870 au 8 mars 1871 : entré en campagne après le désastre de Sedan et la chute de l'Empire, Louis combat donc dans les armées de la Défense nationale, ces armées de jeunes soldats et de mobiles que Gambetta leva à la hâte pour continuer la guerre après l'effondrement de l'armée impériale. Enfin, « à l'intérieur », au printemps 1871 : cette mention sèche recouvre les opérations de répression de la Commune de Paris. En six mois, Louis I aura donc fait la guerre à la Prusse puis à ses propres compatriotes insurgés, guerre étrangère et guerre civile avant d'avoir vingt-trois ans. Peu de destins résument aussi brutalement la tragédie de l'année terrible.

Signatures de l'acte de mariage de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — Aïn-Tédelès, 1875.
Signatures de l'acte de mariage de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — Aïn-Tédelès, 1875. On y lit « Anna Maria Mounier », « Mage » et, parmi les témoins, « Pradel Jacques ».

L'acte de mariage complet est conservé aux Archives nationales d'outre-mer (état civil d'Aïn-Tédelès, 1875) et consultable en ligne : acte de mariage sur le site de l'ANOM.

Acte de mariage de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — Aïn-Tédelès, 1875.
Acte de mariage de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — Aïn-Tédelès, 1875.

Le 26 avril 1872, il passe au 9e régiment de cuirassiers ; il est libéré le 30 juin 1874, puis accomplit les périodes du réserviste (1879, 1881) avant de passer dans la réserve territoriale en 1883. Rendu à la vie civile, il épouse en 1875, à Aïn-Tédelès, Marie Anna Mounier, née le 10 mai 1854 à Mostaganem, fille d'Augustin Mounier (un cultivateur venu de Tence, en Haute-Loire) et de Marie Denat : encore une famille du Massif central transplantée en Oranie. Trois enfants en naissent : Louis II (1878), Maurille Marius (1880) et Anna Hélène (1881). Vers 1884, la famille s'installe à Guertoufa, ce lieu que la mort d'un enfant avait, seize ans plus tôt, inscrit dans la mémoire familiale.

Guertoufa, 1885 : le dossier de concession

Dossier de concession de Louis I Pradel, Centre de Guertoufa, 13 novembre 1885
Dossier de concession de Louis I Pradel, Centre de Guertoufa (novembre 1885) : nomenclature des pièces, soumission signée à Oran, feuille de renseignements (famille de 5 personnes — Louis, Anna Maria Mounier, Louise, Auguste Hélène et l'enfant à naître), décision du Gouverneur général et tableau des lots attribués (40 ha 181 a 86 c : à bâtir n°38, culture n°100, autres n°103). Archives départementales d'Oran.

La ruine de 1891

La suite est un naufrage, que le « Mémoire de la branche Pradel-Mage » a documenté avec une honnêteté remarquable. Au printemps 1891, les fermes de la région de Tiaret sont dévastées par une invasion de sauterelles ; celle de Louis Pradel est explicitement citée par L'Écho d'Oran. À la fin de la même année, un jugement de saisie réelle met aux enchères 128 hectares appartenant aux époux Pradel : Louis I était donc devenu un grand propriétaire avant de sombrer, mais il sombre. La tradition familiale, qui le disait « joueur, alcoolique, peu travailleur », trouve dans cette saisie sa confirmation la plus directe.

Fac-similé de L'Écho d'Oran, 19 mai 1891
L'Écho d'Oran, 19 mai 1891 : les fermes de Tiaret ravagées par les sauterelles, dont celle de Louis Pradel — « … les propriétés de MM. Louis Pradel et Joly notamment, où tout est dévoré. »

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L'Écho d'Oran, 26 décembre 1891 : vente sur saisie réelle des 128 hectares de la ruine de Louis I.
L'Écho d'Oran, 26 décembre 1891. Vente sur saisie réelle : 87 et 41 hectares — les 128 hectares de la ruine de Louis I.

Le divorce de 1894

Acte de divorce de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — transcription du jugement, page 1.
Acte de divorce de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — transcription du jugement, page 1.
Acte de divorce de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — transcription du jugement, page 2.
Acte de divorce de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — transcription du jugement, page 2.
Acte de divorce de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — transcription du jugement, page 3.
Acte de divorce de Louis I Pradel et Anna Maria Mounier — transcription du jugement, page 3.
« … attendu qu'il résulte d'une enquête de M. le Commissaire de Police de Tiaret que l'inconduite de la femme Pradel est notoire… que dans la nuit du 28 au 29 mars dernier, elle a été surprise par son mari en flagrant délit d'adultère en présence des gardiens de nuit ; qu'elle a elle-même avoué ce fait le même jour au Commissaire de Police… attendu que la demande se trouve ainsi justifiée conformément aux dispositions de l'article 229 du code civil… il y a lieu de lui retirer la garde de l'enfant issu du mariage et de le confier au demandeur. » (Transcription partielle.)

Puis la vie conjugale s'effondre : dans la nuit du 28 au 29 mars 1894, à Tiaret, Anna Maria est surprise en flagrant délit d'adultère. Le 7 mai 1894, Louis I, ruiné, est admis à l'assistance judiciaire ; le 6 septembre 1894, le tribunal de Mostaganem prononce le divorce aux torts exclusifs de l'épouse. Le Code civil de l'époque punissait durement l'adultère de la femme, une dissymétrie flagrante avec l'homme, qui ne disparaîtra du droit français qu'en 1975. Anna Maria, recueillie un temps par son frère à Orléansville, finira internée à l'asile de Pierrefeu-du-Var, où elle mourra seule le 11 décembre 1914, pendant que ses deux fils étaient au front. Louis II lui rendit visite en France, et garda toujours le silence sur cette visite.

Le jugement complet est une pièce judiciaire du tribunal de Mostaganem : il ne figure pas dans l'état civil numérisé de l'ANOM (qui ne couvre pas les archives des tribunaux) ; seul cet extrait nous est parvenu.

Le remariage de 1895 et la retraite à Trumelet

Le 7 novembre 1895, à Tiaret, Louis I se remarie, et ce remariage boucle une boucle commencée dans le Tarn. Il épouse en effet sa cousine germaine, Marie-Virginie Falcou, dite « La Clouque », née le 26 octobre 1838 à Alban, fille d'Antoine Falcou et de Marianne Pradel, cette Marianne étant la sœur aînée de Jean-Jacques, donc la tante de Louis. L'endogamie est explicite : on se marie dans la parenté, entre gens du même sang et du même pays. À cinquante-sept ans, deux fois veuve, « La Clouque » apporte au ménage ses biens propres et une expérience de gestionnaire ; l'arrangement protège les terres restantes et l'héritage du jeune Louis II, sans risque d'une nouvelle descendance. Le couple s'installe vers 1900 à Trumelet, au douar Ouled Bougheddou, au sud-est de Tiaret. Louis I y mène une vie discrète, cultivant ses quelques arpents, regardant grandir au loin l'empire agricole que bâtit son fils. Il meurt le 9 juillet 1921 à Tiaret, à soixante-douze ans, ne laissant que peu de choses, mais ayant transmis, par son fils Louis II, l'énergie qui fera de Diderot un domaine modèle. Avec lui commence « la branche Louis ».

Louis I et Marie-Virginie Falcou vers 1900 à Trumelet.
Louis I et Marie-Virginie Falcou (« La Clouque »), vers 1900, à l'époque de leur installation à Trumelet.

Le destin de Louis I est le plus contrasté de toute la fratrie, et le plus instructif. Car il montre que la réussite coloniale n'avait rien d'automatique : on pouvait, comme lui, devenir un grand propriétaire, 128 hectares tout de même, puis tout perdre, ruiné par le jeu, la boisson et l'indolence, jusqu'à finir ses jours modestement sur quelques arpents à Trumelet. À côté de ses frères Jacques et Philippe, accumulateurs patients, Louis I est le dissipateur, celui qui gâche ce qu'il avait acquis. La chronique familiale, souvent portée à embellir, a eu ici l'honnêteté de conserver ce portrait peu flatteur, et le « Mémoire de la branche Pradel-Mage » l'a confirmé par les actes : la saisie de 1891, l'assistance judiciaire de 1894, ces preuves administratives d'une déchéance réelle. Il y a une forme de justice dans ce portrait sans complaisance : une famille qui ne retient que ses gloires ment sur elle-même. Les Pradel, en gardant la mémoire d'un Louis I faible et malheureux à côté de ses frères prospères, se sont montrés capables de se regarder en face. Et l'ironie de l'histoire veut que ce soit précisément de ce fils dissipateur que sortira, par Louis II, la branche de Diderot, l'une des plus prospères de toutes. Comme si l'énergie de la lignée, un instant égarée chez le père, avait resurgi intacte chez le fils.

La ferme de Louis I à Ouled-bou-Gheddou

Le domaine de Louis II n'est pas né de rien : son père, Louis I, avait déjà exploité une ferme dans la même région, au douar Ouled-bou-Gheddou, quelques kilomètres au nord de Diderot, avant sa ruine de 1891 puis son installation plus modeste à Trumelet. Un lieu-dit portant aujourd'hui encore ce nom, اولاد بوغدو (Ouled Bougdou), a pu être localisé avec précision : un article de presse algérien de 2023 cite noir sur blanc « Sidi Rabah, Kherba, Ouled Bougheddou, Dguidues » comme les périmètres agricoles ruraux de la daïra de Dahmouni (l'ancienne Trumelet), avec exactement cette orthographe. À 340 mètres de là se trouve un second lieu-dit, « Ouled Bougdou Abed », portant un nom de famille individuel : une indication que ce douar comptait plusieurs concessions ou fermes nommées séparément, dont celle des Pradel a pu faire partie.

Le lieu-dit actuel « Ouled Bougdou » (35,4432533° N / 1,3698142° E), à une dizaine de kilomètres au nord-nord-est de Tiaret. Voir sur Google Maps ↗. Cette localisation reste la meilleure hypothèse disponible en l'absence d'un dossier de concession individuelle qui apporterait une certitude cadastrale.
Un point de vigilance non résolu. Ce lieu-dit se trouve au nord-nord-est de Tiaret, à moins de dix kilomètres à vol d'oiseau, et non au sud-est comme le veut la mémoire familiale. Deux explications restent possibles : soit le souvenir du « sud-est » s'est brouillé au fil des générations, soit le douar administratif de 1868-1909, qui s'étendait sur 7856 hectares et confinait au département d'Alger, débordait largement au-delà du seul lieu-dit moderne retrouvé, qui n'en serait qu'un vestige toponymique partiel. Seul un dossier de concession individuelle (ANOM, série colonisation, non numérisée) permettrait de trancher.

II. Louis II et le domaine de Diderot

C'est dans ce contexte — le père ruiné, la mère écartée, la ferme perdue — que grandit Louis II. À seize ans, il voit le divorce prononcé. À dix-huit, il n'a plus qu'un nom et une énergie. Vingt ans plus tard, à Diderot, il aura reconstitué, à quelques kilomètres du douar où Louis I s'était installé pour finir ses jours, un domaine sans commune mesure avec ce qu'avait perdu son père. Le récit qui suit est celui de cette reconquête.

Portrait de Louis II Pradel
Louis II Pradel
La ferme de Diderot vue du ciel, vers 1930. Prise en avion par Ernest Boggio.

D'Oued-Lili à Diderot

Louis II Pradel naît à Tiaret en 1878, fils aîné de Louis I et d'Anna Maria Mounier. Il a seize ans quand ses parents divorcent en 1894. En 1907, à Aïn-Tédelès, il épouse Andréa Mage, dix-huit ans, petite-fille de Pierre Antoine Mage, ces voisins d'Ambialet arrivés en Algérie la même année que les Pradel, en 1856. Le couple s'installe à Oued-Lili, centre de colonisation créé en 1907, achevé en 1911 et agrandi en 1913, que le gouverneur général rebaptisera Diderot le 7 juillet 1913. La région, vallonnée et située à une altitude relativement basse de 600 mètres, était jusqu'en 1908 envahie d'une végétation parasitaire dense, servant surtout de grande halte pour les caravanes.

Louis II Pradel et Andréa Mage, mariés en 1907. C'est elle qui dirigera seule le domaine pendant les quatre années où Louis II sera mobilisé.
L'emplacement exact de l'ancienne ferme de Louis II, à Diderot (35,497286° N / 1,286248° E), à environ quinze kilomètres au nord de Tiaret. Voir sur Google Maps ↗.
Oued-Lili, projet de lotissement du centre, 11 septembre 1909 (v3.0) : le document administratif qui organise la colonisation du futur Diderot.
Oued-Lili, carte du service français de topographie, 1909, avec l'emplacement de la ferme de Louis II.
Localisation de la ferme de Louis II sur la carte de 1909, avec le plan d'agrandissement du centre projeté d'Oued-Lili et le détail des cessions (lots 416, 418, 422, 510, 512, 513).
Cession de terrain à Louis Pradel (Louis II), avril-mai 1910 : l'acte de colonisation qui fonde la ferme de Diderot.

L'acquisition des terres, acte par acte (1907-1910)

Les archives départementales d'Oran conservent le dossier complet de constitution du domaine : un procès-verbal d'enquête administrative, daté du 21 avril 1910, dans lequel l'administrateur de la commune mixte de Tiaret, Lemoine Armand, consigne les déclarations de « M. Pradel Louis, propriétaire dans le douar-commune de Torrich ». Louis II s'y présente comme acquéreur de droits indivis rachetés à plusieurs propriétaires indigènes expropriés pour l'agrandissement du périmètre de colonisation d'Oued-Lili, 784 hectares 85 ares au total. Le détail des actes, tous passés devant Maître Vaugien, notaire à Tiaret, dresse une chronologie précise de la constitution du domaine :

DateVendeurBien cédé
5 mars 1907(acte antérieur mentionné en référence)droits indivis, lots non précisés
4 septembre 1907Hallouz Abdelkader ould Hadj Feghoul ould Hallouzdix hectares indivis dans les lots nos 416, 418, 510, 512 et 513
26 et 29 octobre 1907Yamina bent Abeddroits indivis dans les mêmes lots (418, 416, 510, 512, 513)
19 octobre 1908Mira bent Djilali, veuve de Marhoum ould Djilalidroits indivis dans le lot n° 422
11 juin 1909Hallouz Ahmed ould Hallouz (droits hérités de sa mère Hallouz Zerga bent el Hadj Foghoul ould Hallouz)droits indivis dans les lots nos 416, 418, 510, 512 et 513
Procès-verbal d'enquête, « Colonisation - Oued Lili », 21 avril 1910 : comparution de « M. Pradel Louis, propriétaire dans le douar-commune de Torrich », devant l'administrateur de la commune mixte de Tiaret (Archives départementales d'Oran).
Suite du procès-verbal : détail des quatre actes d'acquisition, et la demande de Louis Pradel « qu'une bande de terrain de 4 à 5 hectares lui soit laissée en bordure » des lots 427 et 510, « afin d'assurer les aisances de ladite ferme dans laquelle il fait l'élevage du bétail ».

Un mois plus tard, le 23 mai 1910, l'administrateur de la commune mixte de Tiaret transmet le dossier au sous-préfet de Mostaganem avec un avis favorable à la demande de Louis Pradel : « Je ne vois, en ce qui me concerne, aucun inconvénient à ce qu'il soit donné satisfaction à ce propriétaire. Je pense, au contraire, qu'on éviterait ainsi toutes difficultés ultérieures avec lui. » C'est cette bande de terrain supplémentaire, obtenue par la négociation autant que par l'achat, qui vient arrondir les premiers 47 hectares en bordure des lots 427 et 510.

Commune mixte de Tiaret, arrondissement de Mostaganem : lettre au sous-préfet, 23 mai 1910, « Colonisation — Création du centre d'Oued Lili — Agrandissement du périmètre — Expropriation ».
« J'ai indiqué à titre de renseignement, sur le plan, par des hachures au crayon, la partie qui pourrait être laissée à M. Louis Pradel » — la trace administrative, jour après jour, de la naissance du domaine.
Carte manuscrite de la zone d'Oued-Lili et des douars environnants : Guillaumet, Chouala, Montgolfier, Temda (la ferme de Jacques II), Guertoufa, Trumelet et Waldeck-Rousseau, avec Tiaret au sud. Le périmètre de colonisation d'Oued-Lili est indiqué par la zone hachurée.
Plan cadastral du douar-commune de Torrich, lots numérotés 49 à 91 : le découpage parcellaire sur lequel s'appuient les actes d'acquisition de Louis Pradel.
« Lots de jardins » et « Village d'Oued-Lili » : le plan d'urbanisme du centre de colonisation, avec ses rues tracées au cordeau et ses parcelles de jardins vivriers attribuées aux colons.

Il ne débute pratiquement de rien, avec 47 hectares totalement arides. Mais il fait preuve d'une ténacité, de connaissances en agriculture et d'une foi totale dans l'avenir qui lui permettent de réaliser, en moins de vingt ans, un travail considérable. Une grande partie de ses rendements enviables tient aux sélections judicieuses de graines qu'il pratique avec une attention scrupuleuse. Georgette naît en 1909, Simone en 1912, Louis III en 1913, tous à Diderot.

La propriété dite Torrich : la ferme, ses arbres plantés au milieu de l'aridité, et l'attelage devant la porte.

La guerre, et Andréa seule au domaine

Mobilisé dès les premiers jours d'août 1914, Louis II rejoint le 8e escadron du train des équipages comme chauffeur d'automobile : près de quatre ans de front, la plus longue campagne de tous les Pradel mobilisés. Pendant ce temps, Andréa prend seule la direction du domaine, continue son extension, poursuit le développement avec force et volonté. Rien ne la décourage, ni le manque de main-d'œuvre, ni les mille difficultés nées de la guerre. Un quatrième enfant naît en 1917 ; la naissance ne la détourne pas de son labeur. Elle lutte pied à pied contre une fièvre typhoïde et, à peine guérie, reprend son rôle à la tête de l'exploitation. Lorsque son fils Louis III guérit, contre toute attente, d'une méningite, Andréa fait construire une petite église dans le centre de Diderot en reconnaissance.

Louis II est démobilisé en 1918. Il continue d'investir, dote son domaine d'un matériel agricole moderne, aménage tous les points d'eau qu'il connaît et s'efforce d'en découvrir constamment de nouveaux : une source captée à 1500 mètres de la ferme permet l'irrigation de parcelles entières après avoir assuré l'alimentation du personnel et l'abreuvage des bêtes, à raison de 50 litres par seconde. Il devient adjoint au maire de Diderot, et en 1925 il est nommé chevalier du Mérite agricole.

Un domaine modèle

En 1930, la ferme s'étend sur près de 2500 hectares, presque totalement cultivés : 900 hectares de céréales, avec un rendement moyen de douze quintaux par hectare ; une réserve de gibier de 150 hectares, unique à l'époque dans le département d'Oran ; 45 hectares de plantations fruitières et forestières ; un vignoble de six hectares destiné à la consommation de la ferme ; soixante-dix têtes de bétail chevalin, ovin et bovin ; et quinze poulinières mettant bas chaque année dix à douze poulains. À cette époque, Louis II emploie plus d'une centaine d'ouvriers agricoles et plus de trente-six familles installées avec leurs khaïmas sur le domaine.

Les poulinières du domaine : quinze juments, dix à douze poulains chaque année.
Les champs cultivés du domaine, pris dans la brume matinale des hauts plateaux — 900 hectares de céréales, à douze quintaux l'hectare en moyenne.
Le plateau de Torrich, autour de la ferme : la même aridité que celle affrontée par Louis II à ses débuts, en 1907.

En comparaison, au même moment, son cousin Jacques II possédait plus de sept fermes totalisant 3850 hectares : deux échelles différentes de la même réussite coloniale, l'une concentrée en un seul domaine modèle, l'autre dispersée en plusieurs exploitations.

Louis II, notable de Diderot

La presse de Tiaret dessine, au fil des années 1910-1930, le portrait d'un homme de plus en plus en vue. Dès 1917, les avis de chasse publiés dans L'Écho d'Oran réservent à « M. Louis Pradel fils » les propriétés de Torrich et des Hallouyas Cheragas ; en 1924 et 1925, ils parlent simplement de « Monsieur Louis Pradel, à Diderot ». Le 14 décembre 1919, il est élu adjoint spécial de Diderot, avec 281 voix, aux côtés de Bernasconi (331) et Martin (327) ; il remerciera ses collègues « de la confiance qu'ils viennent de lui témoigner ». En 1925, sa fille Georgette se marie, et lui-même siège encore dans les bureaux et commissions du Réveil républicain en 1932 et 1934. Le 12 mai 1927, la naissance d'un fils, Henri, est annoncée dans L'Écho d'Oran : « Mme et M. Louis Pradel [...] de leur fils Henri » ; quelques mois plus tôt, le 17 novembre, les fiançailles d'un Mage à Diderot-Tiaret confirment que l'alliance entre les deux familles, nouée dès 1875 au mariage de Louis I et scellée en 1907 par celui de Louis II, continue de vivre dans la génération suivante.

Fac-similé du Réveil républicain de Tiaret, 6 mars 1913
Le Réveil républicain de Tiaret, 6 mars 1913 : Louis Pradel (Louis II) désigné délégué agricole d'Oued-Lili.

« … MM. Tixier et Louis Pradel pour Oued-Lili… »

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Documents et photographies — Louis II

La propriété dite Torrich, sur le domaine de Diderot (Louis II).
La propriété dite Torrich, sur le domaine de Diderot (Louis II).
Louis II et Andréa Mage avec un petit-enfant.
Louis II et Andréa Mage, photographiés avec un de leurs petits-enfants.
Simone Pradel, fille de Louis II, avec ses enfants.
Simone Pradel, fille de Louis II, avec ses enfants (Mariette, Jacques V, Pierre et Jean-Luc), nés de son mariage avec Jacques IV.
« Le Domaine de M. Louis Pradel ».
« Le Domaine de M. Louis Pradel ». Portrait de Louis II, légendé « adjoint spécial de Diderot ».
Le domaine de Louis II : 2 500 hectares.
Le domaine de Louis II : « Actuellement cette propriété s'étend sur 2 500 hectares dont 900 consacrés à la culture des céréales ».
Le Réveil républicain de Tiaret, 6 mars 1913 — Louis Pradel délégué d'Oued-Lili.
Le Réveil républicain de Tiaret, 6 mars 1913 — Louis Pradel, délégué d'Oued-Lili : « MM. Tixier et Louis Pradel pour Oued-Lili. »
L'Écho d'Oran, 2 novembre 1905 — page entière. Concours agricole.
L'Écho d'Oran, 2 novembre 1905 — page entière. Concours agricole.
Gros plan : les Pradel primés en mulets.
Gros plan : les Pradel primés en mulets — l'animal de trait du Sersou. Deux premiers prix, deux ans avant que Louis II se marie.
Le battage, et la meule.
Le battage, et la meule.
Deux hommes et une méchoui
Deux hommes et une méchoui