Marie-Virginie Françoise Madeleine Pradel naît le 21 juillet 1855 à Ambialet. Ses quatre prénoms (dont ceux de ses sœurs aînées Virginie et, en écho, Mariette) sont comme la dernière signature tarnaise de la famille : elle est le huitième et dernier enfant né dans le Tarn, à quelques mois du grand départ. Sa naissance a d'ailleurs une valeur documentaire précieuse. La chronique familiale situe le départ « au printemps 1855 » ; mais si Marie-Virginie naît à Ambialet le 21 juillet 1855, alors la famille n'avait pas encore quitté le Tarn à cette date. C'est l'un des indices (avec la date d'embarquement à Marseille en septembre 1856 attestée par le Mémoire Pradel-Mage) qui invitent à situer le départ effectif non au printemps 1855, mais plus vraisemblablement à la fin de l'été ou à l'automne 1855, voire au début de 1856. Ainsi une naissance oubliée aide-t-elle à corriger la chronologie d'une migration.
Marie-Virginie, nourrisson né à Ambialet le 21 juillet 1855, dernier enfant baptisé dans le Tarn avant le grand départ pour l'Algérie.
De la vie de Marie-Virginie elle-même, on ne sait rien après ce baptême. Comme sa sœur Jeanne-Marie, elle disparaît des registres retrouvés : ni mariage ni décès connus. Nourrisson de la traversée, elle a partagé les cales du navire de la Compagnie Touache et les premières nuits sous la tente à Souk el-Mitou ; puis sa trace se perd. On ne peut exclure qu'elle soit l'un des deux enfants morts sur la route de Tiaret en 1867-68, la chronique parle d'« enfants nés en Algérie », mais la mémoire a pu arrondir, et une petite Tarnaise de douze ans a pu succomber comme les autres à ce voyage meurtrier. En l'absence de preuve, elle reste, elle aussi, une vie en suspens, que seule l'exploration patiente de l'état civil colonial pourra, peut-être, achever de raconter.
Il y a quelque chose de bouleversant dans ces prénoms si soigneusement choisis, Marie-Virginie Françoise Madeleine, pour un enfant dont on allait perdre la trace. Quatre prénoms, dont deux repris des sœurs aînées, comme pour inscrire la petite dernière au cœur de la fratrie ; et puis le silence. Ces prénoms sont la dernière chose que le Tarn a donnée à la famille avant le départ : le dernier enfant baptisé dans l'église d'Ambialet, sur la terre des ancêtres, avant le grand saut. Qu'on ne sache rien de sa vie n'efface pas ce fait touchant : Marie-Virginie fut, en un sens, l'enfant du seuil, née à la charnière de deux mondes, portant dans ses prénoms toute la mémoire tarnaise que la famille emportait avec elle. Si l'état civil de l'Oranie livre un jour son destin, un mariage, une descendance, une tombe, ce sera comme retrouver le dernier maillon manquant de la chaîne du départ.
Sources : Acte de naissance (Ambialet, 21 juillet 1855) ; aucune source postérieure retrouvée.
Mentionné aussi dans
Source : Jean-Jacques Pradel et ses neuf enfants, chapitre consacré à Marie-Virginie. Voir Sources.