Marie, dite Mariette, naît le 13 août 1840 à Teillet. Elle porte le prénom et le surnom de sa mère, cette « Mariette » qui, dans les actes, se confond parfois avec Jeanne-Marie Valat. Aînée de la fratrie, elle a quinze ans lorsque la famille s'embarque pour l'Algérie : assez grande pour garder les plus jeunes pendant la traversée, assez jeune pour que toute sa vie de femme se joue sur la terre nouvelle. C'est en Oranie qu'elle se mariera, deux fois, et qu'elle fondera une descendance nombreuse, aujourd'hui bien vivante.
Mariette, l'aînée des neuf enfants, entre ses deux maris successifs Eugène Moll et Jean-Baptiste Devaux, sur la terre nouvelle de l'Oranie.
Sa première union est avec Eugène Armand Moll (1835-1871), dont elle a deux filles : Eugénie Antoinette (1866) et Émilie Flore (1869). Mais Moll meurt en 1871, l'année de la révolte, l'année des épidémies, et Mariette se retrouve veuve à trente ans, avec deux enfants en bas âge. Le veuvage précoce était, dans l'Algérie coloniale, une épreuve fréquente et redoutable : sans mari, une femme perdait souvent son assise économique, et le remariage était moins un choix sentimental qu'une nécessité de survie. Mariette se remarie avec Jean-Baptiste Devaux (1844-1890), dont elle aura quatre enfants : Marie-Louise (1872-1941), Jean-Baptiste (1873-1919), Émile (1876-1943) et Louis Philippe (1878-1930). Elle vit encore le 5 octobre 1901 ; la date exacte de sa mort reste à établir.
Deux mariages, six enfants, deux familles, Moll et Devaux, fondées successivement : la vie de Mariette épouse la trajectoire des femmes de colons qu'on a décrite, mais elle a ceci de singulier qu'elle traverse toute la période fondatrice. Née dans le Tarn en 1840, présente à la traversée en 1856, mariée et remariée en Oranie, elle meurt au tournant du XXe siècle, ayant vu la famille passer de la charrette de l'émigrant aux domaines de plusieurs milliers d'hectares. Elle fut l'aînée, celle qui avait connu le pays natal et gardait le souvenir du départ ; et elle fut la matrice d'une des descendances les plus vivaces de la famille. Que l'on ignore encore la date de sa mort, alors qu'on connaît celle de ses frères, est significatif du sort réservé aux femmes dans les archives : le décès d'une veuve remariée, portant le nom d'un autre, se retrouve moins aisément que celui d'un notable propriétaire. C'est l'une des lacunes que le dépouillement de l'état civil de Tiaret devra combler, pour rendre enfin à l'aînée de la fratrie la date qui manque à sa longue vie.
La postérité de Mariette a une importance particulière pour ce livre : c'est d'elle que descend Régis Devaux, l'auteur de l'arbre généalogique le plus complet consacré à la famille, celui qui a permis d'identifier les neuf enfants de Jean-Jacques et de rassembler les actes tarnais et algériens. Dans son arbre, Mariette porte le numéro Sosa 9 et Jean-Jacques le numéro 18 : preuve que la mémoire de cette aînée, longtemps éclipsée par ses frères, s'est transmise avec assez de force pour donner naissance, un siècle et demi plus tard, au travail qui restitue toute la fratrie. Sa descendance (Devaux, Villaret, Lainé, et d'autres) compte aujourd'hui des dizaines de personnes, et l'une de ses petites-filles épousera même, en 1935, un Reynouard, cousin de la famille dans laquelle son propre frère Jacques II avait marié son fils : les branches se recroisent, sans toujours le savoir.
On peut s'arrêter un instant sur ce que représente, pour ce livre, la figure de Régis Devaux. Descendant de Mariette par la lignée Devaux, il a patiemment reconstitué, acte après acte, l'arbre de toute la descendance de Jean-Jacques, remontant aux registres du Tarn, dépouillant l'état civil d'Algérie sur le site des ANOM, notant les cotes, datant les mariages et les divorces. C'est grâce à ce travail de cousin, mené sans autre but que la passion de la mémoire familiale, que les six enfants « oubliés » de Jean-Jacques ont pu être identifiés et rendus à l'histoire. Il y a là une belle leçon : ce sont les filles, longtemps négligées par une généalogie obsédée par la transmission du nom, qui ont donné naissance aux généalogistes qui, un siècle et demi plus tard, restituent la fratrie entière. Mariette, l'aînée dont on ne disait presque rien, se trouve ainsi être la racine de la mémoire la mieux tenue de toute la famille.
Sources : Arbre Geneanet regis5 ; état civil des ANOM ; échanges avec Régis Devaux (descendant).
Mentionné aussi dans
Source : Jean-Jacques Pradel et ses neuf enfants, chapitre consacré à Mariette. Voir Sources.